Portrait éditeur IDF 6

  • Frédéric MARTIN - éditeur indépendant
    Portrait d’éditeurs indépendants en Île-de-France

    15 mars 2017


    5 questions à Frédéric MARTIN, créateur de la maison d’édition Le Tripode (le-tripode.net)


    Julie VEDIE : Qui êtes-vous ?
    Frédéric MARTIN : À 10 ans, quand j’ai commencé à bouffer du livre, je voulais évoluer dans la vie littéraire. Mais à l’époque les classes prépa étaient segmentées, soit math soit lettres. Pour ne pas choisir, j’ai fait une formation prépa HEC puis Sup de Co. Ensuite j’ai travaillé pendant 7 ans aux éditions Viviane Hamy, une toute petite structure où il faut savoir tout faire, et où j’ai appris le métier : le travail avec la presse, les libraires, les auteurs, le lancement d’un livre… La rencontre avec des auteurs comme Jean-Jacques Pauvert ou Goliarda Sapienza ont décidé de ma vocation.


    J. V. : Comment l’idée de monter une maison d’édition vous est-elle venue ? Quelles en sont les caractéristiques ?
    F.M. : Je pensais pouvoir poursuivre le travail commencé chez Viviane Hamy chez d’autres éditeurs, mais le principe de réalité, le chômage, m’a rattrapé… Après la création d’une maison d’éditions avec un associé, Attila, j’ai donc créé le Tripode, une maison d’édition avec deux pieds dans la littérature, et le troisième dans le dessin et les arts graphiques. Notre credo : littérature, arts, ovni. La littérature bien sûr, les arts car nous apportons beaucoup de soin à nos couvertures et nous publions aussi des livres illustrés, comme Vie ? ou Théâtre ? de Charlotte Salomon, un livre 800 pages et de 4 kg, avec 1.300 illustrations de cette jeune artiste, dernière étudiante juive des Beaux-Arts de Berlin. Et ovni, car cela donne naissance à des objets singuliers où l’imaginaire est très fort. Nous avons commencé à l’automne 2012, et notre catalogue compte aujourd’hui environ 150 ouvrages, avec aujourd’hui 20 à 25 romans édités chaque année, ce qui constitue un beau catalogue, mais aussi des nuits courtes (rires).


    J. V. : Comment travaille un éditeur indépendant en Île-de-France ?
    F.M. : En tant que gérant de ma société, j’ai toute liberté de manœuvre sur les livres que je veux publier. La contrainte, c’est que je n’ai pas trop le droit de me tromper. Mais ça fait partie de l’équation : quand il y a de la liberté, il y a des incertitudes. Le Tripode est plus que gâté car ça se passe bien ! On a publié des œuvres importantes et des auteurs majeurs ces dernières années ! Et on a également de belles ventes et une visibilité dans la presse. Chaque livre a son histoire, c’est toujours une histoire de rebond et de vigilance : je lis rapidement les manuscrits qu’on m’envoie, et j’y réagis très vite. Par exemple, j’avais rencontré par hasard un traducteur passionné d’un livre écrit par un Estonien L’homme qui savait la langue des serpents, livre qu’il avait traduit et proposé à 25 maisons d’éditions ! Le Tripode l’a édité, et on l’a vendu à 50.000 exemplaires !


    J. V. : Qu’allez-vous présenter au salon Livre Paris ?
    F.M. : Je suis allé 15 fois au Salon, et ce sera la 2e fois sur le stand Île-de-France. Contrairement à beaucoup de mes collègues, pour moi c’est les vacances, le vrai moment de rencontre avec les autres éditeurs et les lecteurs. C‘est pour moi un bonheur, ça ramène à la chose la plus simple pour un éditeur : faire découvrir un texte. J’emporte avec moi les incontournables du catalogue, les dernières parutions, et quelques pépites inconnues, en tout une quarantaine de titres. J’assiste aussi à une rencontre avec des lycéens, et une table-ronde, d’importants moments de partage.


    J. V. : Quel personne ou personnage de la littérature ou de l’édition vous a particulièrement marqué ou influencé pour devenir éditeur ?
    F.M. : Evidemment Jean-Jacques Pauvert ! Il est pour moi le plus important éditeur français du XXe siècle. Le découvrir a été pour moi un choc violent et beau à la fois. C’est lui qui m’a sensibilisé au rapport entre la littérature et les arts. Le dictionnaire du Littré, Sade, la Comtesse de Ségur… L’éclectisme de ses goûts m’a beaucoup marqué, ainsi que le soin apporté à la création graphique. J’ai eu la chance de le connaître de près, c’était mon grand-père spirituel, celui qui m’a donné l’amour du livre. Jean-Jacques remettait le livre dans la vie, pensait que tout peut se lire, et ce rapport intellectuel et libre au livre contrairement au rapport autoritaire qu’on nous a parfois imposé fait du bien !


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